Le végétarisme: de l’engagement à l’assiette

Les végétariens ne mangent que des graines, les végétariens sont carencés, les végétariens suivent un phénomène de mode… Stop aux préjugés !

M’intéressant fortement à ce régime alimentaire, j’ai décidé de vous concocter un petit article afin de démêler le vrai du faux.

Nous sommes aujourd’hui de plus en plus nombreux à nous intéresser à notre santé et au contenu de notre assiette.

Les scandales sanitaires et les ingrédients néfastes contenus dans les produits industriels nous poussent de plus en plus à revoir notre alimentation.

Même si les plats préparés industriels se vendent encore très bien dû au rythme toujours plus effréné de nos journées, nous sommes de plus en plus nombreux à cuisiner à partir de produits brut, à faire les marchés, à acheter local et bio et surtout à réduire notre consommation de viande. Selon une étude OpinionWay de Bonduelle en date de janvier 2017, 39% des Français mangent plus de légumes qu’il y a 5 ans.

Afin d’arrêter la souffrance animale, certains ont décidé de devenir fléxitarien, végétarien, végétalien ou encore vegan.

Voici une petite définition pour chaque terme cité ci-dessus et indispensable à la compréhension de l’univers sin carne :

Flexitarien : Une personne flexitarienne mange parfois de la viande et du poisson mais consomme surtout beaucoup de végétaux, légumineuses et céréales. Elle représente actuellement un tiers de la population française.

Végétarien : Les végétariens ne consomment pas de chair animale, ni viande ni poisson mais consomme du lait, du fromage et des œufs.

Végétalien : Les végétaliens ne consomment ni viande, ni poisson, ni lait, ni œufs, ni miel… en fait tout ce qui est d’origine animale.

Végan : Les végans sont comme les végétaliens sauf que leur démarche va plus loin que leur alimentation et s’inscrit dans un mode de vie où ils n’achètent ni cosmétiques testés sur les animaux, ni fourrure, ni cuir ni tout ce qui exploite les animaux en général.

Même si ces quatre concepts sont intéressants, je me suis surtout intéressée au végétarisme.

Pour cet article, j’ai posé des questions à 100 végétariens (dont certains sont des végétaliens et des vegans en devenir) afin de connaître leur univers, les raisons qui les ont poussé à ne plus consommer de chair animale et comment ils vivent cette décision au quotidien.

Je les remercie infiniment car certains ont joué le jeu et m’ont permis de mieux les comprendre. Ils viennent pour la plupart du groupe Facebook Débats et Blabla Végé, un super groupe d’entraide destiné aux végétariens/végétaliens et vegans confirmés ou en devenir que je recommande vivement.

  1. Quelles sont les raisons qui poussent un omnivore à devenir végétarien ?

Allons droit au but, la première raison est pour lutter contre la souffrance et l’exploitation animale. Ne plus consommer de viande revient à se battre au quotidien pour le respect de l’animal et contre sa mise à mort. L’animal ne devrait pas être exploité et les végétariens se refusent à baser leur plaisir gustatif sur le dos d’un animal mort. Il est difficile de comprendre en quoi l’Homme peut prétendre à une certaine supériorité et décider de la vie ou de la mort d’un animal pour le manger, alors que la viande ne semblerait pas nécessaire au maintient d’une bonne santé.

La deuxième raison est environnementale. Les végétariens avancent le fait que la production de POA (produits d’origines animales) entraîne les déforestations, le gaspillage de l’eau et sa pollution ainsi que le changement climatique.

Cela s’explique par un besoin en espace plus important pour un régime carné qu’un régime végétarien mais aussi un besoin plus important en eau qui se traduit selon le FAO.org (chiffres de 2007) par 15 000 litres d’eau pour obtenir 1 kilo de bœuf alors que la production d’un kilo de blé nécessite quant à elle 1 000 à 2 000 litres d’eau. Sans compter le changement climatique, où sur l’échelle mondiale 22% de méthane (gaz à effet de serre) proviennent du lisier et des flatulences des bétails.

La dernière raison est  la préservation de la santé. En effet, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé il y a deux ans la viande rouge comme étant « cancérogène probable pour l’homme » et la viande transformée comme la charcuterie ou les plats préparés « cancérogène avéré ».

Certains nutritionnistes pointent du doigt cette affirmation concernant le cancer mais avouent que la viande serait favorable à l’apparition du diabète et de maladies cardio-vasculaires et prouvent qu’il est tout à fait possible d’assimiler des protéines sans manger de viandes avec des aliments qui seraient encore plus riches en protéines que les aliments carnés tels que la levure de bière, le soja, le camembert, les œufs…

  1. Cet engouement pour le végétarisme est-il un phénomène de mode ou une réelle volonté de changement et une prise de conscience ?

Nous pouvons en effet nous poser la question du phénomène de mode. Les tendances alimentaires font la joie des industriels qui s’empressent de les reprendre pour vendre leurs produits. Regardez cette tendance du « sans gluten » : une multitude de produits ont envahi les rayons ces dernières années. La marque de produits diététiques Gerblé s’est offert Novak Djokovic pour être l’ambassadeur de sa gamme de produits sans gluten. Ils sont partout, jusqu’à notre rayon de pâtes, et remplissent les poches des industriels.

Il faut dire que les produits végétariens pullulent en ce moment. Les grands industriels s’y mettent aussi, proposant des produits simili et plats préparés tels que des burgers végétales, des nuggets végétales… même les hard-discounter s’y mettent ! Pour exemple, Aldi et Lidl proposent une gamme pour les végétariens !

Les marques spécialisées dans les conserves de légumes telles que Bonduelle renforcent leurs produits végétariens en proposant des salades composées sans viande comme leur dernière gamme Graines de Salades.

Selon les personnes que j’ai interrogées, beaucoup sont devenues végétariens il y a 3 ans en moyenne. Quand on y pense, cela est assez récent, mais colle tout à fait à l’actualité et aux raisons qui ont poussé ces anciens omnivores à devenir végétariens.

A la question « pensez-vous que le végétarisme est un phénomène de mode » beaucoup ont répondu non, il y a une réelle prise de conscience et de plus en plus d’omnivores deviendront avec le temps végétariens.

Certains ont répondu aussi que cela dépend de la conscience de chacun. Bien évidemment, certaines personnes suivent le mouvement, surtout pour celles qui se sont mise au végétarisme récemment. Ce mode d’alimentation est nouveau, une phase d’exploration est en cours, l’assiette se fait plus saine et pas mal de supports web et print sont là pour donner des idées de recettes. Cependant, la pression des proches, sociale ou encore le goût d’un plat à base de viande reconvertira indéniablement  les plus fragiles vers l’omnivorisme.

  1. Question budget, les végé s’en sortent-ils mieux que les omnivores ?

Le poisson et la viande pesant très cher dans un budget course, on pourrait penser que les végétariens ne dépensent pas une fortune! Détrompez-vous, ce n’est pas toujours vrai ! Pour la moitié des gens interrogés, les végétariens ont diminué leur budget puisqu’ils ne consomment plus de viande mais la seconde moitié avoue le contraire.

La cause ? Les produits bio et les produits simili. Malgré tout, cela coûte cher. Les industriels, sentant le bon filon de la tendance végé, se sont lancés sur le marché très apprécié des produits simili, c’est-à-dire un produit ayant le goût et la texture de la viande mais 100% végétal tel que le faux jambon, le faux saucisson, le faux steak haché, le faux burger ou encore les fausses nuggets.

Cependant ces produits ne sont généralement pas donnés et pèsent très cher dans la balance budget. Ajoutez à cela les produits bios (légumes, sauces, céréales, yaourts…) et votre addition devient salée !

  1. J’ai souhaité creuser davantage l’importance du bio pour les végétariens…

¾ des personnes que j’ai interrogées consomment des produits bios, que ce soit occasionnellement ou quotidiennement. Pour eux, ces produits s’inscrivent dans une logique de respect de leur santé et de leur corps. S’ils ne consomment plus de viande c’est parce qu’entre autre ils font attention à leur santé.

La principale raison qui les pousse à l’achat est la confiance que leur inspire un produit bio. Cette mention les rassure et le prix souvent élevé est pour eux un gage de qualité.

Ils recherchent avant tout l’absence d’huile de palme dans leurs biscuits, de produits chimiques et de pesticides sur leurs fruits et légumes et le bon goût des légumes. Les supermarchés ne leur inspirent pas confiance et la moitié avoue préférer faire ses courses dans une boutique spécialisée pour l’ambiance zen qui y règne.

Faire ses courses dans une boutique bio s’inscrit pour certain dans une démarche écologique avec certaines enseignes  qui proposent des aliments en vrac, sans emballage.

Cependant, le bémol reste le prix. Beaucoup de végétariens ne peuvent pas se permettre de consommer bio à cause des prix élevés.

  1. Revenons aux produits simili…

Comme dit précédemment, les produits simili sont des produits végétariens industriels mais qui ont la saveur de la viande. Ces « simili » arrivent en masse dans nos supermarchés et sont le fruit de grandes marques industrielles qui surfent sur la tendance du végétarisme.

Exemple le plus probant, Carrefour qui a lancé sa gamme « Carrefour Veggie » et propose des nuggets au blé et à l’oignon, Sojasun propose un haché 100% végétal mais ressemblant fortement au haché de bœuf, la marque Céréal propose aussi des  steaks veggie ressemblant fortement à n’importe quel steak carné.

Si certains végétariens trouvent l’idée plutôt bonne, d’autres dénoncent un coup marketing monumental, orchestré par les mêmes industriels qui proposent dans une autre gamme de la viande. Ils dénoncent aussi des produits préparés et industriels, avec une très longue liste d’ingrédients souvent inconnus du grand public.

Des produits nocifs en somme mais défendus par certains végétariens qui y voient là une bonne transition pour les omnivores qui souhaitent passer au végétarisme mais pour qui le goût de la viande manque.

  1. En parlant de produits industriels, est-ce que les végétariens mangent sainement ?

Encore un cliché certainement ! Les végétariens ne mangent pas que des graines et des légumes et donc ne mangent pas forcément plus sainement que les omni. Les sucreries et le gras sont autorisés puisqu’il ne s’agit pas d’un régime médical pour perdre du poids ! Même si devenir végétarien entraine chez beaucoup une surveillance de leur alimentation, ils peuvent aussi acheter des plats préparés et se faire de bons « cheat meals » ! Bonjour fritures, bonbons, pâtisseries…

Le régime le plus sain est cependant le régime végétalien, puisqu’il faut exclure le lait, les œufs et tous les autres POA. Le choix est plus restrictif même si il est encore possible de déguster fritures et pâtisseries végétales (qui deviennent à la mode en ce moment).

  1. Peut-on être en bonne santé et être végétarien ?

On l’a vu précédemment, consommée en quantité importante, la viande peut être source de maladies cardio-vasculaires, de cancers et de diabètes. Rayer la viande de son alimentation, revient à diminuer ces précédents risques.

Cependant, pour être en bonne santé, il faut savoir combler les manques en protéines et en vitamines B12 notamment apportés par la viande. Même si la majorité des personnes que j’ai interrogées avoue ne pas avoir de carences, certaines sont quand même carencées dû à un manque de variété dans leur alimentation et un manque d’informations et d’implication lors de la composition des menus. En effet, lorsque l’on devient végétarien il est important d’avoir quelques notions basiques en alimentation afin de trouver des sources de vitamines B12 et de protéines ailleurs que dans les produits carnés.

On peut tout de même trouver de cette vitamine dans les œufs, les jus de fruits multivitaminés, des boissons végétales enrichis, le fromage frais, quelques algues et les protéines entre autres dans le soja, le fromage, la levure de bière, les œufs…

En général, les végétariens interrogés ont avoué pour les ¾ se sentir en meilleure forme depuis qu’ils ont supprimé les chairs animales de leur alimentation.

  1. Le monde dans lequel nous vivons n’est pas très adapté au régime végétarien…

En fait, tout dépend du pays ! L’Allemagne est semble t-il le pays rêvé où l’on trouve le plus de produits adaptés à ces régimes en grandes surfaces.

En France, nous sommes aux prémices de l’acceptation du végétarisme. On en parle de plus en plus dans les médias, les industriels créent des produits sans chair animales et parfois sans aucun POA, les restaurants proposent de plus en plus de plats « sin carne », des rayons végétariens associés au bien-être voient le jour dans les supermarchés, les livres de recettes veggie se font de plus en présents dans les bibliothèques et les blogs proposant des recettes végétariennes sont de plus en plus consultés.

                    

Cependant, beaucoup de personnes ont encore aujourd’hui une définition erronée du terme « végétarien ». Pour preuve, encore trop nombreuses sont les personnes qui pensent qu’être végétarien c’est ne pas manger de chair animale en plus des œufs, du fromage et du lait !

Une incompréhension se fait encore sentir sur les différents courants à l’heure où encore trop de personnes pensent que consommer quotidiennement de la viande et du poisson est la norme.

Sur les personnes interrogées, 40% avouent avoir remangé de la viande ou du poisson au moins une fois depuis le début de leur régime végétarien.

Cela peut s’expliquer par plusieurs raisons comme la curiosité de goûter à nouveau à de la viande, un manque soudain de vitamines B12 et protéines mais la raison la plus probable est certainement la pression familiale et les événements familiaux tels que les repas qui ne sont souvent pas adaptés au régime végétarien. Ce régime végétarien peut être justement une source de conflit avec les proches, qui soit ne comprennent pas ce régime alimentaire et ses motivations soit procurent une difficulté lors de la gestion et la création des repas.

J’espère que cet article a pu répondre à quelques unes de vos questions sur le végétarisme.

Je remercie encore une fois les membres du groupe Facebook Débat et blabla végé (http://bit.ly/2vpfjun) qui ont été d’une très grande précision dans leurs explications.

Pour ma part je suis flexitarienne et non végétarienne, pour la simple et bonne raison que je suis trop attachée à la gastronomie française pour tirer un trait sur toutes les merveilles gustatives que m’offre ce pays. Cependant, j’ai réduis considérablement ma consommation de viande depuis 2 ans. Par soucis de santé déjà, mais aussi parce que comme les végétariens je ne comprends pas comment on peut se sentir supérieur à d’autres êtres vivants et décider de leur vie ou de leur mort. Seulement, je ne me permets de donner aucune leçon, n’étant pas moi-même végétarienne car mon bidon l’emporte sur ma raison…

La culture de la cuisine traditionnelle française est ancré dans nos mœurs, le gigot du dimanche, l’agneau de Pâques et le bœuf Bourguignon pourront t-ils laisser la place à un Bourguignon végétarien à base de tofu de la même manière qu’Alain Ducasse s’est lancé avec son restaurant dans la naturalité en proposant un menu 100% végétarien ?

Le végétarisme n’est-il pas plutôt un combat ? Un beau combat certes, mais qui fait tellement défaut à notre culture culinaire française qu’elle n’arrivera jamais à s’imposer à 100% ?

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8 commentaires sur « Le végétarisme: de l’engagement à l’assiette »

  1. Très intéressant cette petite enquête 😉
    En revanche, attention pour le B12, même les végétariens devraient se supplémenter. Les apports dans les œufs et le fromages sont trop faibles. Le groupe Vive la B12 sur facebook et le site de la société végane française expliquent cela très bien. Il existe encore peu de produits enrichis en B12 dans le commerce et cela pose également le problème de l’assimilation. Il faut une grande quantité de B12 par rapport aux apports journaliers recommandés si on espace pas les prises dans la journée.
    Pour rebondir sur ta conclusion, je trouve que la gastronomie française n’a rien à perdre avec le végétarisme et le végétalisme. La cuisine, c’est la créativité. Personnellement, j’ai retrouvé le goût de la cuisine en devenant végétarienne puis végane. Pour préserver notre patrimoine, il suffit de le réinventer. J’aime beaucoup pour cela le livre de Sébastien Kardinal « A la française ». Pour certains, c’est incompréhensible d’imiter, et pourtant beaucoup de végétaliens ne le sont pas de naissance. Nous avons parfois envie de retrouver un plat de notre enfance, mais sans la souffrance. 😉

    A bientôt !

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Gwen, très beau commentaire merci beaucoup ! C’est vrai que la cuisine c’est la créativité et étant désormais flexitarienne je cuisine davantage que lorsque je consommais plus de viande. Par contre c’est la grande mode en ce moment de revisiter les classiques français, que ce soit en pâtisserie ou pour les plats salés, c’est synonyme de modernité et cela peut être une bonne chose pour les végétariens mais je pense malgré tout que cela dénature l’essence même de la gastronomie française, notamment les plats emblématiques des piliers de la gastronomie comme la Mère Brazier, Paul Bocuse, Alain Senderens… à base de viande et qui ont fait la renommé de notre beau pays à travers le monde…

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  2. très belle article ou j’ai découvert beaucoup de choses ! pour moi l’éducation passe aussi par l’alimentation, j’aime faire découvrir des nouvelles choses : céréales, graines, algues.. … en essayant de faire beau poru donner envie, car la cuisine c’est ça aussi, donner envier en montrant de belles choses pour stimuler les papilles.

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